Photographe portraitiste | photographie de portrait | Thomas Dufourneau
Je suis très concentré, parfois plusieurs jours avant la prise de vue. Je ne réfléchis ni à une pose, ni à une expression que je souhaiterais, ni à une lumière ou à un décor particulier mais à un échange. Impossible pour moi de penser l'image avant la rencontre. J'ai besoin d'être inspiré. Tout dépend des circonstances, du lieu, du temps donné, il n'y a pas une situation qui ressemble à une autre.
J'ai tendance à dire que tout le monde peut être photogénique, on peut toujours faire un beau portrait de quelqu'un. C'est d'ailleurs ce qui est passionnant dans la photographie de portrait. Cette multitude de visages tous différents.
Beaucoup de personnes veulent contrôler leur image et leur expression. D’autres abordent une séance de portrait en disant qu'ils n'aiment pas être photographiés. Il y a aussi des gens très crispés et très tendus , le visage adopte alors une expression figée et le portraitiste doit susciter les émotions qu’il souhaite traduire et mettre la personne photographiée à l'aise est certainement la première chose à faire.
Paradoxalement, les gens qui n'ont pas l'habitude ont souvent une fraîcheur et une innocence parfaite pour l'instantané du portrait, il faut simplement parfois gérer le stress des sujets novices.
Je suis toujours fasciné par la complicité qui peut y avoir entre un photographe et son modèle. Le photographe de portrait ne peut pas exister sans cet échange, ce rapport avec l’autre est essentiel, il faut que le modèle donne, s'abandonne.
La particularité du portrait est de vouloir capturer l'essence même de la personne photographiée. La difficulté est celle du masque. Le "sourire pour la photo" en est un. Mon intention n'est pas de faire tomber totalement le masque, car sa fonction participe à ce qu’elle est, mais plutôt de poser un regard sincère sur la personne que je photographie.
Le portrait ne représente pas la réalité d'une personne mais une de ses réalités.
Il n'y a pas de portrait parfait, cela reste toujours un fragile équilibre entre le désir du photographe et celui du photographié.
De plus cela dépend aussi de quel point de vue on se place. Un portrait réussi pour le photographe ne l'est pas toujours pour le photographié et inversement.
Les gens pensent souvent qu'un portrait réussi est un portrait naturel. Les images de Sander et d'Avedon sont la preuve qu'une photographie posée peut avoir une puissance qui n'a rien à voir avec le "naturel". Même Cartier- Bresson lorsqu'il évoquait le portrait en photographie parlait du "silence intérieur d'une victime consentante".
Le mystère du portrait photographique est de pouvoir suspendre le temps entre ce qui existe et ce qui a existé.
Si la photographie nous permet de conserver ces souvenirs, elle nous met surtout en situation de pouvoir les créer.
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